Quelle est votre formation ?
J’ai eu d’abord mon diplôme en communication option publicité au Brésil et, plus tard en France, j’ai intégré une école d’arts en cours d’illustration. Je n’ai pas vraiment de regrets. Les deux formations que j’ai subi m’ont apporté une base importante pour le travail que je fais aujourd’hui. 
À l’Université au Brésil j’ai pu apprendre toutes les étapes et stratégies de communication. Nous analysions beaucoup des projets publicitaires et nous développions aussi nos propres projets avec nos propres stratégies créatives. Le focus était complètement sur la créativité.
À l’école d’arts j’ai pu apprendre plusieurs techniques d’illustration traditionnelle. Même si je travaille avec des médias digitales actuellement, le dessin traditionnel a une grande influence sur mes illustrations. Le focus de cette école était la technique, ce que m’allait super bien parce que j’avais déjà une base créative.

Vous êtes illustratrice freelance et avez choisi de travailler dans un espace de co-working. Pouvez-vous nous parler des avantages et inconvénients de cette solution ? Pourquoi ce choix ?
Je suis illustratrice freelancer mais je suis aussi une maman. Je n’aimes pas cette idée que mon environnement professionnel soit le même que mon environnement familial. Donc travailler à la maison n’est pas une option pour moi. Au délà de ça, j’ai aussi le besoin social d’avoir des collègues avec qui je puisse échanger. Un espace de coworking pouvait m’apporter tout cela.
Je suis depuis 2014 à l’Espace Esperluette, un coworking associatif. Chez nous c’est un peu différent des coworkings de base. Il n’y a pas un salarié pour gérer l’espace. Nous faisons tout nous même, chacun a une tâche précise. J’adore le fait que nous travaillons ensemble pour faire vivre le lieu. À l’Esperluette nous sommes 8 coworkeurs avec 8 métiers différents. Les échanges sont nombreuses et ça me permet aussi d'apprendre un peu à propos d’autres métiers.
Je viens travailler sur place tous les jours, même quand je veux travailler sur mes projets personnels. Ça me fait plaisir d’y être. Je ne vois que d’avantages de travailler en espace de coworking.

Quel matériel utilisez-vous ? Vous dessinez aussi en traditionnel ?
Je travaille sur un Macintosh 27 pouces avec l’aide d’une tablette Cintiq 13 pouces. Depuis 1 an j’ai acheté un Ipad Pro et, au fur et à mesure je commence à l’utiliser pour faire aussi mes projets professionnels.
Je ne dessine plus en traditionnel depuis quelques années, ce n’est pas très pratique quand on doit apporter les corrections des clients. Mais dernièrement je commence à avoir envie de reprendre mes aquarelles pour faire des illustrations personnelles.

Vous utilisez Photoshop et Illustrator. Les combinez-vous ?
Je les combinais plus souvent l’année dernière. Je développais ma composition sur illustrator et j’amenais les vecteurs sur photoshop pour ajouter des textures. Aujourd'hui je préfère travailler directement sur photoshop pour avoir un dessin plus organique, plus proche d’un effet « fait main ». Par contre je travaille toujours sur illustrator pour les projets de motion design. Le vecteur est beaucoup plus facile à animer.

Lorsque vous ne répondez pas à une commande, avez-vous des sujets de prédilections ?
J’aime beaucoup travailler sur des compositions créatives et différentes. J’aime créer des situations qui seraient impossible de retrouver dans le monde réel. Je fusionne des objets qui n’ont rien à voir, comme par exemple un « burger méduse » ou un « sorbet aquarium ». Je ne reflechis pas trop si tout est bien proportionnel, dans la bonne échelle, ou dans la perspective parfaite, je me donne 100% de liberté.
Quelle évolution majeure de Photoshop est selon vous la plus importante ces dernières années ? Et pour Illustrator ?
Pour Photoshop l’évolution la plus significative pour moi c’était le pinceau. L’outil est devenu beaucoup plus précis. Il reconnaît même l’inclinaison et pression de la pointe du stylo digital. Il y a un nombre incroyable d’option de création de brosses qui a permis à beaucoup d’artistes de créer ses propres pinceaux. Je n’ai pas l’habitude de faire mes propres pinceaux, j'utilise ceux de Kyle T. Webster, disponibles pour ceux qui ont le creative cloud d’Adobe. Ses pinceaux se rapprochent beaucoup de la texture trouvé dans les illustrations traditionnelles. Les nombreuses options de pinceaux actuels apportent beaucoup d’originalité aux illustrations.
Pour illustrator l’évolution la plus significative était la possibilité de créer plusieurs plans de travail avec plusieurs formats dans un même fichier. C’est très pratique pour les projets complexes, comme un storyboard par exemple, ou avec beaucoup de déclinaisons. Cela permet de garder tout dans le même fichier, le développement du projet est beaucoup plus efficace et nous avons une belle vue de l’ensemble.

Quels sont vos projets en cours ? À venir ?
En ce moment je travaille sur la construction d’un blog. J’envisage d’écrire à propos de la cohabitation des deux points forts de ma vie, mon métier créatif et la maternité. Pour les projets professionnels je viens de finir un storyboard pour un motion design pour Hermès. La suite dans mon agenda est la communication du DevFest Nantes 2020, un événement autour du développement logiciel sur le modèle de Google Developer Days.
Pour mes projets à venir j’étais invitée par la plateforme Skill Share à créer un cours en ligne. Je suis en train de brainstormer sur le thème du cours et sa structure.
Quel est votre projet le plus important jusqu’aujourd’hui ?
Je ne sais pas si je dirais le plus important mais fin 2019 j’ai pu travailler sur un projet qui m’a énormément plu. J’étais contactée par la marque belge Kalorik (appareils électroménagers) pour illustrer sa campagne de communication de 90 ans. Kalorik est est actuellement basée à Miami, donc ça a été mon premier client international. La marque a collaboré avec 4 influenceuses digitales dans le domaine de la nourriture/gastronomie pour produire 4 designs d’Airfryer (friteuse à l’air). Chaque influenceuse devrait me décrire sa personnalité, ses inspirations, ses goûts personnels et, basé sur cela, je devrais créer 4 illustrations personnalisées. Ces illustrations ont été imprimées chacune sur une Airfryer. Les designs sont restés 1 mois disponibles en ligne pour vote. Le design gagnant sera produit et vendu en tant que edition spéciale de 90 ans de la marque. Kalorik m’a fait confiance et m’a donné beaucoup de liberté. Le résultat final du projet a été génial et je me suis beaucoup amusée.


Vous avez un style très marqué. Est-il parfois difficile de rester dans ce cadre, avez-vous envie parfois d’en sortir ?
C’est bien l’inverse. Pendant les deux dernières années j’ai travaillé dur pour trouver un style qui me plaisait et qui pouvait devenir mon identité visuelle. Je veux que toutes mes illustrations soient consistantes et que on m’y reconnaisse dedans. Pendant longtemps j’ai eu des projets qui m’imposaient un style particulier qui n’était pas le mien. Je me sentais moins à l’aise pour dessiner et je sentais que mon identité était perdue. Aujourd’hui j’évite des projets comme ceux la. Dans mon portfolio il n’y a que des projets dont je m’y retrouve dedans. Le client que me contact aujourd’hui sait quoi s’attendre, il n’y a pas de mauvaises surprises.
Qu’aimez-vous vous partager à travers vos créations ?
Une créativité sans barrières. Ce que je cherche c’est une réaction « je n’avais pas pensé à ça, c’est chouette ». Je cherche d’apporter un nouveau point de vue qui puisse stimuler l’imagination des gens et, pourquoi pas, les inspirer. 

Quelles sont vos influences ? D’où vient votre inspiration ?
Je ne crois pas que l’inspiration soit une chose soudaine qu’on regarde et tout de suite on a envie de créer. L’inspiration pour moi est le résultat d’un exercice quotidien de consommation de contenu. Je trouve tous les jours un petit moment pour écouter un podcast, voir des illustrations d’autres artistes, lire un blog de design ou encore regarder des vidéos autour de l’illustration. Les images, les histoires, les conseils d’autres créateurs nourrissent ma créativité. Tout ce contenu crée une sorte d’inspiration à long terme. C’est comme si on construisait une banque créative d’images et d'informations dans sa tête, où l’on peut y piocher des idées quand il y a besoin.

Comment se déroule la journée idéale de travail ?
Ma journée idéale de travail est celle qui commence doucement. J’arrive au bureau vers 9h et je prends quelques minutes pour discuter avec mes collègues. Puis, avec un café bien chaud dans les mains, je commence à répondre à quelques mails. Ensuite je me mets à dessiner. Je travaille à mon rythme, sans être interrompue par des appels des clients. Je prends environ 1h pour déjeuner avec mes collègues dans un jardin public sous le soleil. De retour au travail vers 14h je continue à travailler sur mon illustration en écoutant un bon podcast. Je suis complètement immergée dans l’illustration et je ne vois pas le temps passer. Puis en fin de journée je réponds mes mails à nouveau, je fais le backup de la journée et je rentre vers 18h00.
Quelle est l’étape la plus difficile dans le processus de création ?
L’étape la plus difficile pour moi c’est le moment où l’on transcrit l’idée créative sur le papier. Plusieurs fois j’étais confrontée à des idées qui semblaient superbes dans ma tête mais qui n'étaient pas géniales sur le papier. Soit parce que je n’ai pas su les transcrire comme il fallait, soit parce que finalement ce n’était pas une si bonne idée comme je croyais. Je trouve aussi que cette étape devient encore plus difficile quand c’est un projet professionnel. Au-delà de la difficulté de la transcription, la peur que la composition ne soit pas validée par le client vient s’ajouter. Un autre point assez difficile est quand on arrive bien à créer son idée et sa composition et que le client demande des corrections. Ce n’est pas toujours facile de caser la demande du client dans la composition originale. Dès fois c’est plus facile de tout recommencer que de modifier la composition. L’étape du croquis est toujours la plus importante dans mes projets.

Quelques conseils à donner à des graphistes débutants ?
Publiez le travail que vous avez envie de faire. Si vous avez envie de travailler avec des logos, par exemple, construisez un portfolio avec beaucoup de logos. Si vous publiez un travail que ce n’est pas ce que vous aimez faire, il y a de forte chance que quelqu’un d’autre le voit et vous contacte pour faire cela. Les projets qu’on publie ce sont les projets qu’on reçoit. 
Soyez claire et spécifique avec votre description professionnelle pour cibler votre public : « designer d’identité graphique ». Ne laissez pas le doute s’installer. Si on vous contacte, on sait quel ty  pe de projet vous pouvez apporter.
Soyez consistants. Un client ou un directeur artistique cherche un travail sûr, un travail qui puisse répondre concrètement à leur besoin. Si vous avez un portfolio avec un peu de tout
( graphisme, illustration, lettering, retouche photo, etc ) le client ne saura pas avec qui il collabore. Il va sûrement préférer travailler avec l’autre créatif qui a su le rassurer avec un portfolio concis et ciblé.

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